Association pour la protection du patrimoine de Doudeville
Faisons vivre notre patrimoine
Adresse
/
Téléphone
 
 
 
 
 
 

Projet Carrefour: Patrimoine et économie peuvent-ils faire bon ménage?

On ne peut que trouver choquant de voir la plus élégante maison de la rue Pierre Lamotte volontairement dégradée par son propriétaire.  Porte d’entrée laissée ouverte à tous les vents durant des mois, fenêtres arrachées et grossièrement murées : c’est un spectacle de désolation qui contraste avec l’attention dont bénéficie, grâce à un effort commun, le reste du bourg.
Ce n’est pourtant pas le manque de moyens qui explique cet état d’abandon programmé. La maison appartient au groupe Carrefour, et si elle est ainsi maltraitée, c’est que le permis de la démolir n’arrive pas assez vite au gré de celui qui l’a demandé.
Cette maison du 37 rue Pierre Lamotte fait en effet l’objet d’une demande de permis de démolir dans le cadre d’un projet d’extension du parking du magasin Carrefour. La maison voisine, 35 rue Pierre Lamotte, elle aussi rachetée par Carrefour, est menacée du même sort. 
Allez la voir : c’est une ravissante maison de village en parfait état. Avec son corps de bâtiment central en brique et silex, entouré de deux petites ailes en colombages, elle pourrait servir d’emblème à l’habitat cauchois, au milieu de son jardin arboré. L’ensemble est complété par un joli bâtiment en brique et silex perpendiculaire à la route.
Si on laisse faire Carrefour, maisons et jardins seront rasés, goudronnés et converti s en parking, avec, menace supplémentaire à l’horizon, l’ouverture d’un accès direct sur la route de Rouen.
Nous ne croyons pas ce projet bénéfique pour Doudeville. C’est pourquoi une pétition a été lancée pour protester contre ce projet. Elle a recueilli 1262 signatures.
Pour Carrefour, la perspective est séduisante. Grâce à cette extension, le supermarché continuerait à   profiter de tous les avantages d’une implantation en centre-ville, tout en bénéficiant d’une installation au bord d’une voie très fréquentée, privilège en principe réservé aux magasins de périphérie. Coup double, en quelque sorte.
Pour Doudeville, le bénéfice est loin d’être aussi palpable : une fois abattues, ces maisons ne reviendront jamais. Une partie de ce qui fait le charme et le caractère du village aura disparu à tout jamais. Et au profit de quoi ? De nuisances nouvelles. En tant que Doudevillais, sommes-nous tellement enchantés de l’actuel parking que nous tenions à voir sa capacité presque doublée ? Sommes-nous convaincus que l’attractivité de Doudeville en sortira renforcée, et la qualité de vie des habitants améliorée ? Evidemment non.
Nous affirmons que les deux maisons visées par le plan de destruction, les jardins dont elles sont entourées ; leurs bâtiments annexes, leurs clôtures, leurs arbres, tout cela s’inscrit dans un cadre remarquable, que nous voulons protéger. Non par un attachement nostalgique au passé,  mais parce que cet ensemble constitue, pour le présent et le futur de Doudeville, une valeur bien supérieure à celle d’un parking de supermarché.
Lorsqu’on évoque avec les partisans du projet les raisons de leur appui, ou de leur fatalisme, une série d’arguments reviennent régulièrement. Examinons-les rapidement et voyons s’ils nous semblent convaincants.
  • « Ils sont chez eux, ils font ce qu’ils veulent. »
Certes, le groupe Carrefour est propriétaire des locaux qu’il loue à son franchisé, Monsieur Mortagne, mais cette propriété s’exerce dans le cadre de règlements et d’usages. Elle ne donne pas tous les droits, et heureusement. Sinon, quel recours auriez-vous quand votre voisin décide, sous prétexte qu’il est chez lui, de tondre sa pelouse à six heures du matin ou d’écouter du rock à plein volume au milieu de la nuit ? Les habitants de Doudeville ont leur mot à dire sur la façon dont se transforme le centre-ville.
  • « Ils sont trop forts, on ne peut rien contre eux. »
Certes, le groupe Carrefour est une puissance considérable, auprès de laquelle une pétition, même réussie, ou l’avis d’une municipalité, même exprimé de façon résolue, semblent bien fragiles. Mais Carrefour n’est pas forcément sourd à la demande de ses clients. Le groupe proclame haut et fort son attachement à un développement respectueux de l’environnement  et il n’y  a pas de raison de mettre en doute a priori la sincérité de cet engagement. D’autre part, les moyens d’action des petits ne sont pas nuls, ainsi que le montrent, depuis l’histoire de David et Goliath, leurs succès dans les situations en apparence  les plus désespérées.
  • « S’ils s’en vont, Doudeville est mort. »
On entend parfois évoquer un tel départ, que Carrefour déciderait par représailles contre un village indocile. Crainte imaginaire : un bassin de population de 2500 personnes sans commerce de proximité ? Les candidats seraient nombreux pour remplir ce vide, si jamais il se produisait.
  • « Tout le commerce local en bénéficiera. »
Il est vrai que l’économie de Doudeville est en crise, qu’emploi et entreprises font cruellement défaut et que les petits commerces souffrent particulièrement.  Mais prétendre qu’une extension du Carrefour pourrait inverser cette tendance relève du pur fantasme. Bien au contraire, depuis trente ans, chaque agrandissement du supermarché local (de Shopi à Champion puis de Champion à Carrefour Market) a coïncidé avec la fermeture forcée  de commerces locaux chaque fois plus nombreux. Une nouvelle extension conduirait, à n’en pas douter, au même résultat. La redynamisation du centre de Doudeville ne passe pas par l’extension du parking Carrefour.
  • « Un trop grand souci du patrimoine nuit à l’économie. »
Opposer l’un à l’autre souci de l’environnement et développement économique conduit à une impasse. Le patrimoine bâti de Doudeville est une valeur économique parce qu’il contribue au charme du bourg, donc à son attractivité. Le préserver et le mettre en valeur prend tout son sens dans l’optique du développement durable. C’est pourquoi l’acteur le mieux placé pour assurer la sauvegarde des maisons menacées est l’actuel propriétaire, Carrefour lui-même, acteur clé de l’économie locale. Directement ou bien en remettant sur le marché la propriété de ces maisons, Carrefour peut concourir au développement harmonieux de son lieu d’implantation.
  • « Il est trop tard pour agir. »
Même la plus mal en point des deux maisons est sauvable, assurent les spécialistes. Avant de l’abattre, montrons qu’il est possible d’en faire un usage qui la valorise et justifie son existence.  Le succès de la pétition a révélé à quel point le projet de démolition choque l’opinion. Cherchons une solution qui fasse valoir cette position et contribue positivement au futur de Doudeville.  Nous sommes favorables au développement des entreprises locales, et à celui de Carrefour en particulier, mais pas à n’importe quel prix pour l’environnement. C’est le moment de le mettre en œuvre.